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	<title>Tanella Boni - Ecrivaine - Poète - Philosophe</title>
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		<title>Coupe du monde en sol miné,10, fin de partie</title>
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		<pubDate>Sun, 11 Jul 2010 23:25:51 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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		<description><![CDATA[L&#8217;Espagne vient de remporter la Coupe du monde 2010. Il n&#8217; y a plus rien à dire.Certains se sont ennuyés pendant un mois, d&#8217;autres ont vécu d&#8217;intenses  moments de bonheur. Dans tous les cas, les pronostics sont allés bon  train. Le jeu s&#8217;est parfois fourvoyé, embourbé dans des considérations  hors jeu, peu [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>L&#8217;Espagne vient de remporter la Coupe du monde 2010. Il n&#8217; y a plus rien à dire.Certains se sont ennuyés pendant un mois, d&#8217;autres ont vécu d&#8217;intenses  moments de bonheur. Dans tous les cas, les pronostics sont allés bon  train. Le jeu s&#8217;est parfois fourvoyé, embourbé dans des considérations  hors jeu, peu sportives, comme en France. Mais l&#8217;encre continuera de couler. Pendant que l&#8217;Afrique du Sud attendra la note de l&#8217;organisation de cette Coupe, africaine pour la forme, on parlera longtemps des vrais héros, le vuvuzela pour le bruit inédit et Paul le Poulpe, le devin inattendu qui a semble-t-il fait un parcours sans faute. Finalement, la Coupe du monde en Afrique du Sud s&#8217;est déroulée sur une mine que l&#8217;on a tendance à oublier: celle de nos propres désirs.</p>
<p>Ici, tout ce qui est à la fois humain et animal éclate au grand jour: instincts, croyances, irrationalités côtoient la rationalité la plus poussée pour donner à voir et à entendre les aspirations les plus folles, les peurs, les angoisses des supporters, des arbitres, des entraineurs, des joueurs eux-mêmes et des chefs d&#8217;Etat. Une coupe du monde est faite, en effet, pour capter l&#8217;énergie de tous, à intervalles réguliers. Au fur et à mesure que des équipes étaient éliminées, les énergies se tournaient vers d&#8217;autres équipes. Chacun se disait qu&#8217;un autre choix était possible. Peu à peu, les esprits se sont moins passionnés, les corps sont devenus plus las, certains bruits se sont tus. L&#8217;usure a gagné du terrain. L&#8217;usure et parfois le ras-le-bol. Pour les supporters africains, la déception est arrivée trop tôt et la note, après la Coupe, reste amère. Seules les Black Stars, ces bienheureuses étoiles noires, ont représenté l&#8217;espoir de tout un continent en quart de finale. Cet espoir brisé, du côté de l&#8217;Afrique, les vrais passionnés continuèrent de regarder tous les matchs, comme il m&#8217;est arrivé de le constater dans les villes et les pays où je suis passée ces dernières semaines.</p>
<p>L&#8217;organisation rationnelle des espaces pour regarder les matchs  de la Coupe du Monde dans certains quartiers, dans les capitales africaines, me fait réfléchir. Ici on ne parlait pas de Paul le Poulpe. Le système D a fonctionné à merveille et jamais au hasard. Les gens se sont organisés avec les moyens    à leur portée: cours communes, maquis, bars, terrains vagues, partout où cela était possible, les gens ont pris leur destin en main, pour exulter ensemble, rire, crier, pleurer&#8230;même pour des matchs qui ignoraient totalement l&#8217;existence de supporters africains. Qu&#8217;une Coupe soit organisée en Afrique ou ailleurs, les supporters et tous les passionnés le savent bien, peu importe l&#8217;endroit et les dessous d&#8217;une organisation et tout le fric qui circule, dilapidé. Faire la fête ensemble cela compte, c&#8217;est une manière de rompre avec la monotonie du quotidien et la violence ordinaire qui a du mal à dire son nom quand tout va de travers là où l&#8217;on habite. On fera tout pour regarder un match et se sentir concerné chaque fois que l&#8217;occasion se présente.</p>
<p>Oui, il fallait qu&#8217;elle soit organisée une fois en Afrique, cela est une affaire de politiciens, c&#8217;est une affaire de gros sous, de mise en place d&#8217;infrastructures, de construction de stades. Personne ne peut dire si les objectifs visés ont été atteints ou pas. Chacun a pu constater que de vieux réflexes endormis se sont réveillés là où on les attendaient le moins. Qu&#8217;est-ce que la divination par   pieuvre interposée si ce n&#8217;est une manière subtile et très attrayante de canaliser les peurs, de les orienter vers la fiction là où les paris ouverts manquent d&#8217;imagination et coûtent chers? Qu&#8217;est-ce qu&#8217;on n&#8217;inventera pas demain pour justifier les victoires et excuser les défaites? L&#8217;exemple de Paul le Poulpe, présent sur la toile mondiale, cité par les journaux, tour à tour adulé et détesté, montre que les nouvelles technologies de l&#8217;information et de la communication ont, aussi paradoxal que cela puisse paraître, besoin de cheminer avec des personnages fabriqués de toutes pièces, aussi insolites les uns que les autres. Moins ils sont humains, plus les humains croient en leurs pouvoirs occultes. Paul le Poulpe est sans doute une infime partie de ce sol mouvant, très complexe, insaisissable sur lequel jouent des joueurs en Coupe du monde, sur un sol qui leur échappe à eux-mêmes aussi bien qu&#8217;aux nuls en foot qui les regardent d&#8217;un oeil incrédule.</p>
<p>Que l&#8217;Espagne savoure sa victoire. Cette équipe a tenu bon, elle a déjoué bien des pronostics, elle a été &#8220;choisie&#8221; par Paul le Poulpe. Le sens d&#8217;un pari c&#8217;est sans doute cela, l&#8217;irruption d&#8217;une pointe d&#8217;irrationnel dans une organisation quadrillée au millimètre près&#8230;</p>
<p>Tanella Boni</p>
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		<title>Coupe du monde, 9, les pays ont-ils le foot qu&#8217;ils méritent?</title>
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		<pubDate>Mon, 28 Jun 2010 08:01:55 +0000</pubDate>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>Il y a eu, la semaine dernière, beaucoup d’émotions. Déception pour les uns, immense joie pour les autres, ce qui est normal autour d’une Coupe du monde. J’ose à peine parler du psychodrame vécu par les Français et leur équipe, les Bleus. Quelques larmes, beaucoup de frustrations, déballage public, comme si tout le monde se promenait dans un grand marché. Les enchères montent et personne ne sait quelle version croire. Oui, autour du foot, avec l’affaire des Bleus, on voit clairement qu’il n’ y a pas que du jeu ! Ils n’ont pas vaincu sans gloire, ils n’ont pas triomphé sans péril. Les héros aux pieds d’argile fondent à l’approche de l’été comme beurre au soleil !</p>
<p>Un constat s’impose, très rapidement, que l’on pourra détailler plus tard, à d’autres occasions. L’état psychologique des joueurs, quels qu’ils soient, est lié à la représentation que public, supporters, journalistes, nuls en foot ont d’eux et attendent d’eux. En outre, peut-on s’autoriser à dire que les Etats ont le football qu’ils méritent ? Voire. Il y a trop d’enjeux, trop d’anguilles sous roche et, de l’extérieur, on n&#8217;y voit que du feu. Oui, la politique et le football, c’est un mariage de raison, partout dans le monde et cela ne date pas d’aujourd’hui. Enlever donc aux chefs d’Etat africains l’arme miraculeuse du football, eux qui cherchent des victoires et des occasions rêvées de faire taire toute grogne…Toute sorte de victoire est la bienvenue même la plus insignifiante aux yeux du commun des mortels.  Ils se sentent perdus, les politiques, car, s’il n’y a pas, périodiquement, de  grand-messe, les peuples ouvrent les yeux, voient clair, manifestent leur mécontentement, prennent conscience des situations concrètes dans lesquelles ils vivent. Et le foot est une occasion en or et la coupe du Monde en Afrique du Sud était une chance pour six pays africains d’être heureux. Ils comptaient tous sur une victoire pour leur équipe et la fête pour tous. C’est raté !</p>
<p>La Côte d’Ivoire a battu la Corée du Nord sans gloire après avoir affronté le Brésil. Les Eléphants  n’ont pas démérité, mais ils peuvent  mieux faire, c’est le moins qu’on puisse dire. Fennecs, Lions, Eléphants, Supers Eagles, Bafana Bafana. Des appellations qui font rêver et riment avec courage et noblesse. Finalement, les équipes africaines attendront encore longtemps, le temps de faire le ménage chez elles, le temps de former réellement équipe, de mieux se connaître sur un même terrain de jeu, au lieu d’être une collection de personnes, parmi lesquelles déambulent quelques héros, des stars qui se font un nom dans une équipe européenne. Et puis ces coaches qui tombent toujours du ciel, payés à prix d’or, qui connaissent si peu les cultures africaines, les habitudes des joueurs comme si, dans chaque pays, il était impossible de trouver un entraineur de talent. J’avoue que c’est l’un des paradoxes du foot, dans la plupart des pays africains, qui me fait le plus réfléchir au moment où, en politique, tout le monde parle de « souveraineté ». Et si la souveraineté commençait d’abord dans le sport, du côté du foot ? Y a-t-il quelqu’un pour entendre cette vérité si simple ?</p>
<p>En cette année du cinquantenaire des indépendances et si on décolonisait les esprits de ce côté-là ? On en serait tous heureux, non ? Et tous les yeux restent braqués sur le Ghana. Porteur de tous les espoirs ? Les pronostics vont bon train. Finalement, que représente le Ghana ? D’abord son propre pays qui, depuis quelques années,  semble tenir le coup en période de crise, comme pour donner raison à ceux qui pensent que, le hasard mis hors de cause,  les pays ont le football qu’ils méritent…</p>
<p>Tanella Boni</p>
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		<title>Coupe du monde, 8: les paris sont ouverts depuis longtemps</title>
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		<pubDate>Sun, 20 Jun 2010 12:28:04 +0000</pubDate>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>Les pays les plus puissants peuvent être des géants aux pieds d’argile comme le montre cette Coupe du monde 2010. Des pays classés « petits », comme la Slovénie, tirent leur épingle du jeu ; d’autres, comme la Corée du Nord confirment leur présence, pendant qu’il y a du rififi dans l’air par exemple autour de l’équipe de France où la complexité des relations humaines éclate au grand jour ; les ego s’affrontent en public. Est-ce un bouc émissaire, Nicolas Anelka, que l&#8217;on sacrifie pour sauver une équipe- les Bleus,  et leur coach Raymond Domenech-  qui a du mal à former « équipe »? Les pays d’Amérique latine se font remarquer pendant que le Cameroun quitte la compétition avant l’heure, même si, au cours du dernier match contre le Danemark, il n’y a pas eu démérite. Les règles sont ce qu’elles sont, elles existent pour être suivies même si, plus d’une fois et ce dans n’importe quel domaine, elles sont contournées. On commence à oublier les <em>vuvuzelas</em>, bonne nouvelle : l’étrange marque son territoire dans le monde du bruit et fait de la résistance…</p>
<p>On attend la Côte d’Ivoire contre le Brésil que l’on donne favori. Mais les jeux ne sont jamais faits avant un match. La fièvre monte en même temps  que la ruée vers les pronostics. Autour d’un match de football on redécouvre, en effet, l’idée de pari sous un nouveau jour. Ici, les plus pauvres, ceux qui n’ont pas un sou, s’invitent  autour de la table du football pour la joie de partager quelques moments intenses en marge de leurs problèmes de survie quotidienne, devant une télé, un écran, une radio. Je continue de penser que l’on n’attend  pas l’organisation d’une Coupe du monde en Afrique pour que les Africains, du jour au lendemain, se réveillent avec la passion du foot dans le sang. Il risque d’y avoir beaucoup de désillusions, des yeux vont s’ouvrir mais cela n’empêchera pas les moments de partage comme le disait Petina Gappah, écrivaine du Zimbabwe pendant cette table ronde  du festival littéraire de la librairie Shakespeare and Co, le 19 juin ; Breyten Breytenbach  a nuancé ses propos se demandant si la Coupe du monde apportera réellement quelque chose à l’Afrique du Sud et à l’Afrique, car ce qu’on va y gagner ne sera certainement pas octroyé de l’extérieur.  Njabulo Ndebele  a montré comment les Bafana Bafana sont en chemin, comme un processus, à l’image de la nouvelle Afrique du Sud.</p>
<p>Pendant cette Coupe du monde, nous irons de surprise en surprise si nous nous situons dans le domaine du pari. Les aspects politiques et économiques sont plus ou moins connus même si ne nous voyons apparaître que le bout de l’iceberg dans la mer  des paradoxes liés au football-roi. Le meilleur reste peut-être à venir, <em>croisons les doigts</em> !(image du pari tel qu’il apparaît dans un autre langage)</p>
<p>Tanella Boni</p>
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		<title>Coupe du monde, 7: la débâcle n&#8217;est-elle qu&#8217;un mot?</title>
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		<pubDate>Fri, 18 Jun 2010 07:10:12 +0000</pubDate>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>Je sais qu’il ne fallait pas mettre le nez dans cette Coupe. Plus les jours passent, plus je me rends compte que cette Coupe du monde qui me semble être, du moins pour l’instant, la moins palpitante dont j’ai pu entendre parler, me prend aux tripes. Et je me dis, une occasion de plus pour qu’on prenne les Africains pour des ploucs ! Une organisation promise à un pays depuis des années, une FIFA qui a l’allure et toutes les tares d’une multinationale prédatrice, pompeuse d’énergie et de fric là où ça peut se trouver. Et puis dans le pays hôte, ces personnes déplacées, pour rendre les lieux « propres » (toujours la même histoire, mettre à l’ombre l’étrange qui pourrait faire un autre type de bruit pour gâcher la fête !) ;  construction de 9 stades, travaux titanesques en période de récession économique. Qui a payé la facture ? Qu’est-ce que cela a pu rapporter aux ouvriers ? Le bien-être matériel ? Le bonheur ? Je me demande ce que récoltera  le peuple sud-africain après ce qui était annoncé comme une grande fête pour la cohésion sociale dans un pays où la violence n’est pas un vain mot. Au moins, si les Bafana Bafana pouvaient briller sur le stade ! Pendant ce temps, les gardiens des stades se mettent en grève, ils sont remplacés par des « forces de l’ordre » ! Se pose-t-on la question de savoir pourquoi ils sont en grève en pleine Coupe du Monde ?</p>
<p>Ma curiosité de fouineuse, de jour comme de nuit, a conduit mes pas vers ce texte  en ligne (et quelques autres) du dossier de presse de la campagne de L’œuvre suisse d’entraide sociale (OSEO), document du 14 avril 2010 dont je cite un extrait : « <em>L’organisation de la Coupe du monde a effectivement généré d’immenses investissements, qui plus est dans un pays en développement comme l’Afrique du Sud. Ils n’ont cependant pas profité à tout le monde. Les pouvoirs publics ont entrepris de grands efforts pour présenter le pays sous son meilleur jour : le gouvernement a investi 33 milliards de rands (environ 4, 5 milliards de francs suisses) dans des projets en lien avec la Coupe du monde. La population a placé de grands espoirs dans ces investissements massifs. Ce d’autant plus que plus de 20 millions de personnes vivent dans la pauvreté en Afrique du Sud. Ces espoirs sont restés sans suite : des quartiers pauvres ont été rasés ; les ouvriers ont construit les stades pour des salaires de misère ; des vendeurs de rue ont été chassés des rues et privés de leur source de revenue. Bref, la majorité de la population sud-africaine est restée hors-jeu. En revanche, la Coupe du monde rapportera gros à la FIFA, qui prévoit un bénéfice de deux milliards de francs.</em> »  Quelle que soit la portée de ce document que je cite, il a au moins l’avantage d’ouvrir les yeux de tous les passionnés et non passionnés sur l’envers du décor de ce sport qui n’est pas qu’un simple jeu, mais le plus bel exemple de la financiarisation du monde  par l’exploitation des désirs. Du coup, la claire vision des enjeux passe au second plan puisqu’on n’y voit que feu et fête et bruit sur un terrain de jeu !</p>
<p>Pendant ce temps les verdicts tombent, aussi catastrophiques les uns que les autres. La Suisse qui bat l’Espagne (1-0), la France qui se fait battre par le Mexique (du jamais vu, semble-t-il). Le Mexique était la première équipe que la France avait battue (4-1), le 13 juillet 1930 lors de la première Coupe du monde, à Montevideo. L’Allemagne et l’Argentine tirent leur épingle du jeu en gardant un moral de vainqueurs. Le Nigéria marque un but et se fait battre par la Grèce et l’Afrique du Sud lourdement battue chez elle le 16 juin par l’Uruguay (3-0) aurait besoin d’un moral d’acier pour rebondir. Ne disons pas encore quelle débâcle !</p>
<p>Tanella Boni</p>
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		<title>Journal, 6: revenir à des valeurs cardinales</title>
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		<pubDate>Thu, 17 Jun 2010 20:37:08 +0000</pubDate>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>Pendant un mois, les journalistes présents et ceux qui relaient l’information, dans le monde entier, parleront d’autre chose que des malheurs de l’Afrique, de la faim, de la pauvreté, de la mal-gouvernance et de   cette représentation du continent vu toujours sous le même angle, souvent avec des œillères, sans nuances, sans histoire, sans contrastes .Il y a d’abord une chose qu’il faut mentionner : quand le Mondial, qui a déjà une longue histoire, puisque la première Coupe du Monde a eu lieu en 1930, est organisé dans un pays d’Amérique (du Nord ou du Sud), un pays européen ou même asiatique, personne ne se pose la question de savoir ce que cela va apporter à tout un continent.</p>
<p>A la limite, la question se pose pour le pays hôte. Or, il est vrai, pour cette 19<sup>ème</sup> édition du Mondial, ce n’est pas seulement l’Afrique du Sud que l’on regarde mais toute l’Afrique.  Car l’Afrique vu  comme un continent pauvre,  ne semble pas quitter  l’esprit des décideurs, des investisseurs et de toutes les instances qui gouvernent le monde, même dans le domaine du sport.  Et, dans le même temps, on sait que l’Afrique du Sud était sans doute parmi les rares pays, en Afrique, à inspirer  confiance à la FIFA pour l’organisation de cette 19ème édition. Le pays a tenu le pari en y mettant les moyens financiers et toutes les infrastructures, en espérant pouvoir récolter quelques bénéfiques du point de vue de l’industrie touristique…Mais rien n’est simple. On attend la prestation des joueurs. C’est là le hic. On cite volontiers des noms connus et reconnus : Didier Drogba, Samuel Eto’o, Michael Esssien et quelques autres. On les considère comme des héros au moment même où les équipes africaines, livrées à elles-mêmes, ne semblent  pas faire le poids face à d’autres équipes, européennes, américaines ou asiatiques. On divise les équipes dans l’opinion publique, afin de fragiliser de plus belle celles qui ont du mal à trouver leur propre équilibre, à jouer vraiment  en équipe.</p>
<p>De tous les continents,  l’Afrique constituerait-t-elle une exception ? Non ! Pour rompre avec cette représentation massive ou monolithique de l’Afrique, il faut revenir à quelques valeurs cardinales que l’on semble perdre de vue. L’estime de soi pour les joueurs et la confiance que leur accordent les supporters me paraissent être des éléments très importants  pour changer l’image de marque d’une équipe qui représente un pays.  Il y a quelques jours,  joseph-Antoine Bell,  ancien gardien de but des Lions indomptables disait: « Il est temps, maintenant, que le football africain se mette au niveau de tout le monde afin qu&#8217;il puisse rivaliser sportivement. Et qu&#8217;il cesse d&#8217;être un appoint exotique à la compétition »(Le monde magazine du 12 juin). Je trouve ces propos très justes. Rien donc ne peut changer l’image de l’Afrique vue de l’extérieur, pas même un événement de l’envergure du Mondial si les premiers concernés, les joueurs, les sélectionneurs et tous les professionnels ne mettent pas l’accent sur ces valeurs qui permettent à une personne humaine de relever la tête et d’être digne face à l’adversaire. Mais derrière les équipes, il y a aussi des Etats qui doivent, plus que jamais,  cesser d’utiliser le football comme  « opium des peuples » pour en faire, au contraire, une vitrine pour la dignité de chacun.</p>
<p>Tanella Boni</p>
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		<title>Journal, 5: Match nul</title>
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		<pubDate>Wed, 16 Jun 2010 13:24:05 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Apparemment, il s’agit d’une coupe du monde qui, jusqu’à présent, a été moins palpitante que d’habitude. La Côte d’Ivoire et le Portugal ont fait match nul. Le Brésil, si l’on en croit les spécialistes, n’a pas été non plus transcendant face à la Corée du Nord, ce pays étrange dit-on, dont on ne connaît rien [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Apparemment, il s’agit d’une coupe du monde qui, jusqu’à présent, a été moins palpitante que d’habitude. La Côte d’Ivoire et le Portugal ont fait match nul. Le Brésil, si l’on en croit les spécialistes, n’a pas été non plus transcendant face à la Corée du Nord, ce pays étrange dit-on, dont on ne connaît rien ou presque. Les supporters et les journalistes cherchaient des sensations fortes, mais l’adrénaline a eu à peine le temps de monter. La pression est retombée bien vite…Car l’étrange crée toujours la surprise voilà pourquoi  les  médias si peu intéressés par la Corée du Nord se sont laissés surprendre par ce but qui était loin d’être un don du ciel. Ce pays étrange capable de marquer  ce but remarquable contre le  Brésil, pays emblématique de ce sport que l’on appelle football, qui en sait quelque chose ? Quand on a dit « dernier bastion du communisme », c’est comme si on avait tout dit. S’intéresse-t-on à cette équipe ? Le cas de figure du match Brésil-Corée du Nord, le 15 juin,   signifie simplement que l’on peut faire des pronostics, mais les jeux- malgré tous les cadrages et recadrages, les paroles partisanes des journalistes, chacun mettant en avant les exploits de son équipe préférée au cours de chaque match- les jeux ne sont pas faits à l’avance</p>
<p>Personnellement, j’ai dans la tête des  images lointaines mais toujours vivantes de ce football qui est à la fois un sport, un art d’être et de vivre. Chaque fois que je vois Pelé, le roi du foot, sur une photo ou un écran de télé, je me dis que les joueurs de sa trempe devaient avoir du cœur. C’étaient aussi des hommes de tête et pas seulement de beaux corps bling-bling. Ces hommes, c’étaient des modèles pour les enfants qui, partout en Afrique, prenaient pour un ballon tout ce qui leur tombait sous la main. Et tout se passe comme si, il n’y a pas si longtemps, les héros méritaient vraiment leur place de demi-dieux dans l’imaginaire des adultes et des enfants.</p>
<p>Sous ma fenêtre, ce 15 juin dans l’après-midi, il y avait un spectacle haut en bruits et en couleurs. Le drapeau de la Côte d’Ivoire dans tous ses états. C’était absolument remarquable.  Il n’ y avait que des femmes chaussées, coiffées, habillées, parées, maquillées des couleurs des Eléphants. Des cantiques, des amen, des chants traditionnels chantés dans plusieurs langues du pays, des commentaires comme si elles étaient dans les tribunes ou parmi les journalistes, tout y passait. Quand les femmes s’y mettent, rien ne peut les arrêter. Combien de fois ont-elles chanté l’Abidjanaise avec le ton juste, sans omettre un seul mot ? Pendant ce temps, sur le terrain du jeu, le sport ne semblait pas vraiment être au beau fixe. Heureusement pour la Côte d’Ivoire, elle n’a pas encaissé de but. Le sport est une question de dignité, de fierté, d’estime de soi pour tout un peuple, tout un continent. Du moins le sport tel que j’ai envie de le voir…</p>
<p>Tanella Boni</p>
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		<title>Journal d&#8217;une Coupe du monde en sol miné, 4</title>
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		<pubDate>Tue, 15 Jun 2010 11:32:45 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Cette Coupe du monde, en moins d’une semaine, en a fait voir de toutes les couleurs…Le Japon qui bat les Lions indomptables du Cameroun! Dans ma mémoire de nulle en foot, j’ai dû savoir qu’ils furent rugissants,   au temps de quelques héros mythiques comme Joseph-Antoine Bell et Roger Milla, au siècle dernier et que, il n’y [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Cette Coupe du monde, en moins d’une semaine, en a fait voir de toutes les couleurs…Le Japon qui bat les Lions indomptables du Cameroun! Dans ma mémoire de nulle en foot, j’ai dû savoir qu’ils furent rugissants,   au temps de quelques héros mythiques comme Joseph-Antoine Bell et Roger Milla, au siècle dernier et que, il n’y a pas longtemps, d’autres demi-dieux veillaient sur leurs intérêts, au grand bonheur des supporters. Où sont passés les héros ?&#8230;Les Lions indomptables n’avaient jamais perdu un match d’ouverture en Coupe du monde, semble-t-il. Alors, que s’est-il passé ce 14 juin face aux Blue Samouraïs? Mystère. Et l’Italie, championne en titre, qui s’autorise un match nul face au Paraguay. Et ces deux buts des Pays-Bas, dont l’un offert par les Danois marquant contre leur propre camp, ça n’arrive pas que dans les rêves mais aussi en vrai ! La Côte d’Ivoire puis le Brésil vont entrer dans la danse. Je connais des supporters qui frétillent déjà…</p>
<p>20 décibels en moins pour les nouveaux <em>vuvuzelas</em>. Voire. On muselle ce qu’on veut rejeter dans l’étrangeté absolue, c’est connu. On brise l’objet qui nous gêne pour mieux respirer, jusqu’à ce qu’on se rende compte que son irruption dans l’événement cadré et encadré, ficelé de part en part, avec, pris en sandwich, des supporters coincés dans les mailles du filet et qui se croient électrons libres, que son irruption donc, dans l’ordre de la coupe imaginée pour être ronde, nous indique le lieu du non- contrôlable.</p>
<p>Qu’ils acceptent ou non les éléments perturbateurs –<em>bruits</em> intempestifs-qui hantent le cadre de ce jeu, les organisateurs et une grande partie des spectateurs, de même que les personnes qui ne regardent jamais un match, restent intrigués par le presque rien susceptible de gâcher le bon déroulement de ce qui prend l’allure d’une fête. Là, on pleure, on rit, on peut commettre des exactions, dans un laps de temps qui est celui de l’exception…</p>
<p>Et les voleurs qui ciblent les journalistes pour les dépouiller de leurs caméras et autres objets de prise de vue, de prise de son, outils de travail ou objets de valeur ne s’y trompent pas. Ils savent que dans l’ordre de ce qui est encadré de part en part, il y a des zones de fuite qui font partie du bruit qui accompagne l’événement d’envergure. Baissez les décibels, il y aura toujours d’autres types de bruits, aussi étranges les uns que les autres, des rumeurs, des bruits d’ambiance et ne vous avisez pas de dire que le pourquoi du <em>bruit</em> se trouve dans le lieu où se déroule le jeu, en Afrique du Sud ; et que le Mondial a lieu en Afrique pour la première fois. Non, le sol  de plus en plus miné du foot, c’est tout le filet qu’il y a autour de ce sport, ce filet dans lequel s’engouffrent passionnés, supporters, simples curieux et les personnes qui essaient de vivre à l’écart de ce très grand <em>bruit</em>, relayé par tous les médias du monde.</p>
<p>Pendant ce temps, on oublie les bruits des machines à coudre et toutes sortes de machines utilisées pour la confection des gadgets, <em>vuvuzelas</em>, objets insolites, casquettes, drapeaux, t-shirts et tout objet rappelant les couleurs d’une équipe et d’un pays. Des invisibles vivent là, au rythme du travail à la chaîne, à la gloire du football-roi…</p>
<p>Tanella Boni</p>
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		<title>Journal d&#8217;une Coupe du monde en sol miné, 3</title>
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		<pubDate>Mon, 14 Jun 2010 10:53:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[humeur du monde]]></category>

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		<description><![CDATA[Les langues accueillent, tous les jours, des mots inconnus, sans jamais  le faire exprès. Et, du coup, on voit bien que la diversité culturelle est loin d’être une réalité, toujours une vue de l’esprit. Ainsi, le mot « vuvuzela » que l’on dit être au féminin, est entré par la grande porte,  devenu familier en moins [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Les langues accueillent, tous les jours, des mots inconnus, sans jamais  le faire exprès. Et, du coup, on voit bien que la diversité culturelle est loin d’être une réalité, toujours une vue de l’esprit. Ainsi, le mot <em>« vuvuzela</em> » que l’on dit être au féminin, est entré par la grande porte,  devenu familier en moins d’une semaine. Les médias servent aussi à cela, vulgariser des mots qui, en temps ordinaire, seraient mis à l’ombre, à l’index, invisibles, sans intérêt. Il suffit de voir les titres de certains journaux, ces jours-ci, pour s’en convaincre ; il suffit d’écouter les commentaires des journalistes et de jeter un œil sur Internet, la plus grande porte, aujourd’hui, de l’humeur du monde. On veut interdire la <em>vuvuzela</em>. On l’affuble de tous les maux comme si cet instrument, qui <em>fait la différence</em>, avait créé le bruit sur un stade, pendant une Coupe du monde ou simplement un match amical. Et les partisans défendent leur instrument <em>local </em>à cor et à cri. Le Mondial ou l’occasion rêvée pour que ce bruit ( qui se mesure ici en combien de décibels?),  entre, de manière fracassante, dans l’imaginaire de tous, venant d’Afrique du Sud.</p>
<p>Cependant, le foot s’épanouit, toujours,  dans le bruit, potins, scandales, publicité, bling-bling, fric et tout ce que l’on sait. Et côté communication, comme en politique, rien n’est laissé au hasard.  Ainsi, les Bleus vont  <em>réparer </em>un terrain de foot dans un township pour soigner leur image de marque, égratignant au passage, comme des enfants terribles,  la Secrétaire d’Etat en charge du sport.</p>
<p>Heureusement, d’autres équipes sauvent la mise. Hier, le Ghana a offert son premier but à l’Afrique : les supporters peuvent danser et porter des canaris sur la tête. Ils ont déjà pris une part de pouvoir, mieux vaut garder le reste au chaud, dans une poterie sacrée, à exhiber à chaque victoire. Avec l’Allemagne- qui a marqué 4 buts contre l’Australie- il y a eu quelques belles chorégraphies, le sport a repris le dessus sur le terrain du jeu, silencieux, sombre et miné depuis le début. Les <em>vuvuzelas</em> ont été remis à l’honneur en donnant au public devant un écran de télé et  à tous les supporters, l’occasion d’exulter à chaque but,  de <em>couvrir</em> ce beau match Allemagne-Australie, du début à la fin. Les <em>vuvuzelas </em>prennent la température des équipes, la tonalité des matches et, faut-il le dire, empêchent que l’on entende des insultes –y compris racistes-   et d’autres incivilités qui font partie du terrain miné du foot.</p>
<p>Je sais quel boucan ils sont capables de faire, les supporters allemands. Les <em>vuvuzelas </em>sont  des jouets comparés aux spectacles qu’ils peuvent donner à entendre et à voir comme je l’avais remarqué en 2006 pendant le Mondial, quand je suis passée à Stuttgart, pour un débat que j’ai trouvé surréaliste, sur le football et la littérature…Alors, est-on réellement prêts à accepter la diversité des <em>bruits, </em>au moment où chacun s’enferme dans son assourdissement local?</p>
<p>Tanella Boni</p>
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		<title>Journal d&#8217;une Coupe du monde en sol miné, 2</title>
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		<pubDate>Sat, 12 Jun 2010 07:57:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[humeur du monde]]></category>

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		<description><![CDATA[Le 10 juin, ce fut un concert géant  à Soweto. Et un point noir : l’arrière petite -fille de Mandela perd la vie dans un accident de voiture en revenant de ce concert. L’homme mythique mais bien vivant dont la stature reste inégalée dans son propre pays ne sera pas présent à la cérémonie d’ouverture. Et [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Le 10 juin, ce fut un concert géant  à Soweto. Et un point noir : l’arrière petite -fille de Mandela perd la vie dans un accident de voiture en revenant de ce concert. L’homme mythique mais bien vivant dont la stature reste inégalée dans son propre pays ne sera pas présent à la cérémonie d’ouverture. Et son ombre plane de plus belle sur ce monde en effervescence, autour du baobab symbolique planté au centre de l’arène.  Entrée en musique pour rassembler les esprits, mettre en condition les corps avant la grand-messe, enflammer le ciel avant la descente des héros footballeurs, ces demi-dieux, nos contemporains vendables à prix d’or afin qu’ils donnent le plus d’émotion et de joie possible aux simples mortels accrochés aux exploits, à la beauté des faits et gestes accomplis par des héros. Simples mortels aux  yeux rivés sur le bon fonctionnement et l’harmonie des corps héroïques qui font leur bonheur pendant le temps de ces jeux qui ne sont pas de simples jeux.</p>
<p>Le corps n’est-il pas la première forteresse que chacun de ces héros maintient en meilleure forme ? Une partie de ce corps peut se fracturer, cela est grand malheur. Une cheville foulée, un bras un ou un pied fracturé et les conjectures s’emballent, les pronostics vont bon train. Didier Drogba se fracture le bras et on se demande ce que deviendra son équipe sans lui, quel malheur pour le pays et son drapeau. Pourtant le football semble être né en Afrique, il faut le penser.  Ce sont d’abord les enfants qui en ont fait leur jeu préféré, dans les villes, dans les zones rurales, sur les terrains vagues, aux abords des habitations, dans les bidonvilles, partout. C’est leur joie : taper dans un ballon rond ou un objet qui  y ressemble.</p>
<p>Ces dernières semaines, dans les pays francophones et en France, le débat sur le cinquantenaire des indépendances fait rage, plus ou moins biaisé, toujours plus politique qu’autre chose,  à tel point qu’on a oublié la présence, massive, du football-roi dans l’imaginaire des Africains. Ce sport sert à toutes fins utiles, instrumentalisé, arme infaillible pour endormir, opium à distiller à doses homéopathiques quand tout va si mal, quand l’économie est en pleine crise, quand la quotidienneté des petites gens est galère, leur permettre de se lever à cinq heures du matin, marcher des kilomètres en direction d’un match de foot, quelque part, parfois à des dizaines de kilomètres de là où ils habitent, ou, plutôt, passent leurs nuits agitées en marge de <em>l’habitation</em>… Et notre mémoire est pleine de matchs aux conséquences désastreuses : des supporters qui s’étripent, des blessés, des morts. Le football n’est pas qu’un jeu d’enfant, quand les passions patriotiques s’en mêlent, cela provoque des dégâts. Là, on n’a pas affaire à des Hooligans, mais à des hommes écorchés vifs, capables de tuer l’autre qui les empêche de soigner leur identité, leur peau, leur drapeau…</p>
<p>Il y a aussi, dans notre mémoire, quelques liesses populaires et sportives,  comme celles de la CAN qui s’est déroulée à Abidjan en mars 1984 – 1984, l’ année de la grande crise de l’électricité-  avec une grand-messe au stade Houphouët-Boigny, devant cinquante mille spectateurs le 18 mars où le Cameroun avait battu le Nigeria. Et puis 1992 où les Eléphants remportèrent la Coupe d’Afrique  en battant le Ghana. Un an plus tard, en novembre 1993, à l’issue d’un match ASEC d’Abidjan-Asante-Kotoko de Kumasi (Ghana), il y eut des exactions  de part et d’autre et des morts. Des milliers de Ghanéens durent quitter, cette année-là, la Côte d’Ivoire. Une histoire de foot qui entache la cohabitation conviviale entre pays voisins…Le football, une affaire d’Etat, un sport aux conséquences incalculables, imprévisibles.</p>
<p>Depuis ce 11 juin, des écrans géants sont installés, là où c’est possible, pour accueillir les accrocs. Lors du match France-Uruguay, on a annoncé la présence de 15 000 personnes, place du Trocadéro. Il faut imaginer la multiplication de ces écrans, en France et en Uruguay, il faut imaginer d’autres lieux publics, des cafés, des rues, d’autres lieux plus intimes, là où le temps s’arrête, au rythme du ballon rond, rond comme le monde. Les supporters en titre se déplacent à l&#8217;endroit de la grand-messe, quand ils n’en ont pas les moyens, ils économisent sou par sou, pendant quatre ans, ils font ce sacrifice pour la bonne cause, ils donnent tout, leur temps, leur maigre pécule, ils sont heureux de donner, de dépenser ce qu’ils ont. Ils sont heureux de prendre les couleurs de leur équipe préférée, de se maquiller, se farder, s’habiller de telle sorte qu’ils puissent vivre dans la peau du supporter, cette <em>catégorie</em> de personnes, de citoyens, dont il faut penser la place, désormais, dans chaque société.</p>
<p>Première journée : côté sport, piètre journée. Match nul. Afrique du Sud-Mexique 1-1 ; France –Uruguay 0-0. Les esprits s’échauffent, les langues se délient. Cela me semble plutôt intéressant !</p>
<p>Tanella Boni</p>
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		<title>Journal d’une Coupe du monde en sol miné  1</title>
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		<pubDate>Fri, 11 Jun 2010 07:49:13 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[J’ignore si mes ancêtres jouaient au foot. Etait-ce la passion de Père, homme de rigueur et bon vivant ? Mère, cela devait être le cadet de tes soucis, tu avais mille autres préoccupations, tu n’avais pas ce temps-là, ton temps si précieux, à gagner, à arracher au cœur de la quotidienneté. Mon frère, toi qui m’as [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>J’ignore si mes ancêtres jouaient au foot. Etait-ce la passion de Père, homme de rigueur et bon vivant ? Mère, cela devait être le cadet de tes soucis, tu avais mille autres préoccupations, tu n’avais pas ce temps-là, ton temps si précieux, à gagner, à arracher au cœur de la quotidienneté. Mon frère, toi qui m’as vue naître,  le premier d’entre mes frères et faux-frères, est-ce ta passion ? Je ne crois pas avoir cette impression, je dois mal te connaître. Et Toi, que je connais sans connaître, tu vas t’asseoir devant une télé, puisque tu ne feras pas le déplacement en Afrique du Sud, tu vas t’asseoir, chaque fois que tu auras une minute, quand tes occupations te le permettront, tu vas exulter chaque fois qu’il y aura un but, tu vas pester quand il y aura une occasion manquée. Tu prendras le temps du foot sur ton temps si compté. Est-ce une passion pour toi ? Peut-être juste un passe-temps quand l’occasion se présente. Comme beaucoup de gens, tu vis le jeu à la minute près, sans te poser de questions, surtout pas !…Et toi mon fils, le premier parmi les autres, entends-tu ce bruit mondial, de l’autre côté du monde ? Tu vis au cœur d’autres urgences, tu as choisi le basket depuis l’aube de ta vie- je sais de quoi je parle, n’est-ce pas ?- et tu ne rates aucun match, à regarder en vrai ou sur un écran de télé, dans la proximité, en silence, à minuit, à des heures indues, cela ne date pas d’aujourd’hui. Tu adores la beauté de ce jeu dont tu connais tous les héros. Loin de la mondialité du foot-roi, de ses turbulences, de ses turpitudes, de sa planète fric en sol miné, tu vis… Et, autour de moi, je vois si peu de femmes, sans doute aucune dans la famille proche ou élargie qui se passionne vraiment pour le football ! Il y a de quoi s’interroger à ce sujet. Cette mayonnaise monumentale qu’est une Coupe du monde de football prend mal parfois, auprès de certaines personnes, sauf à de rares moments, comme en 1998 où quelque chose a dû se passer en cours de route, un je ne sais quoi…</p>
<p>Je me pose des tas de questions à propos de la Coupe, celle qui doit s’écrire avec une majuscule tant elle pompe tout l’air que l’on respire, tous les quatre ans, à un moment donné de la vie quotidienne. Elle occupe les écrans de télés, les radios, les pages de journaux, les conversations, les cafés, les murs, les devantures des maisons, les rues. On se demande si les villages et les déserts de la planète sont épargnés. Combien de personnes peuvent-elles se détacher de l’esprit qui règne autour de cette coupe ? Ceux qui critiquent les effets pervers de la mondialisation disparaissent. Ne parlons pas des plus grands experts qui ont pour métier d’analyser les rouages et le fonctionnement de la marchandisation du monde. Silence. Plus le ballon est rond, plus il vole plus haut. Et tout le monde (le monde entier) n’y voit que feu et fête ! Et la Coupe se remplit doucement, insidieusement, inexorablement, au fil du temps, selon le pays où l’on se trouve, autour de l’équipe que l’on met en avant, supporte, adule jusqu’au jour J.  Y-a-t-il, aujourd’hui, un exemple plus visible de mondialisation que la Coupe du monde de football?</p>
<p>Tanella Boni</p>
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