Journal d’une Coupe du monde en sol miné, 3

June 14th, 2010 · 10:53 am @   -  No Comments

Les langues accueillent, tous les jours, des mots inconnus, sans jamais  le faire exprès. Et, du coup, on voit bien que la diversité culturelle est loin d’être une réalité, toujours une vue de l’esprit. Ainsi, le mot « vuvuzela » que l’on dit être au féminin, est entré par la grande porte,  devenu familier en moins d’une semaine. Les médias servent aussi à cela, vulgariser des mots qui, en temps ordinaire, seraient mis à l’ombre, à l’index, invisibles, sans intérêt. Il suffit de voir les titres de certains journaux, ces jours-ci, pour s’en convaincre ; il suffit d’écouter les commentaires des journalistes et de jeter un œil sur Internet, la plus grande porte, aujourd’hui, de l’humeur du monde. On veut interdire la vuvuzela. On l’affuble de tous les maux comme si cet instrument, qui fait la différence, avait créé le bruit sur un stade, pendant une Coupe du monde ou simplement un match amical. Et les partisans défendent leur instrument local à cor et à cri. Le Mondial ou l’occasion rêvée pour que ce bruit ( qui se mesure ici en combien de décibels?),  entre, de manière fracassante, dans l’imaginaire de tous, venant d’Afrique du Sud.

Cependant, le foot s’épanouit, toujours,  dans le bruit, potins, scandales, publicité, bling-bling, fric et tout ce que l’on sait. Et côté communication, comme en politique, rien n’est laissé au hasard.  Ainsi, les Bleus vont  réparer un terrain de foot dans un township pour soigner leur image de marque, égratignant au passage, comme des enfants terribles,  la Secrétaire d’Etat en charge du sport.

Heureusement, d’autres équipes sauvent la mise. Hier, le Ghana a offert son premier but à l’Afrique : les supporters peuvent danser et porter des canaris sur la tête. Ils ont déjà pris une part de pouvoir, mieux vaut garder le reste au chaud, dans une poterie sacrée, à exhiber à chaque victoire. Avec l’Allemagne- qui a marqué 4 buts contre l’Australie- il y a eu quelques belles chorégraphies, le sport a repris le dessus sur le terrain du jeu, silencieux, sombre et miné depuis le début. Les vuvuzelas ont été remis à l’honneur en donnant au public devant un écran de télé et  à tous les supporters, l’occasion d’exulter à chaque but,  de couvrir ce beau match Allemagne-Australie, du début à la fin. Les vuvuzelas prennent la température des équipes, la tonalité des matches et, faut-il le dire, empêchent que l’on entende des insultes –y compris racistes-   et d’autres incivilités qui font partie du terrain miné du foot.

Je sais quel boucan ils sont capables de faire, les supporters allemands. Les vuvuzelas sont  des jouets comparés aux spectacles qu’ils peuvent donner à entendre et à voir comme je l’avais remarqué en 2006 pendant le Mondial, quand je suis passée à Stuttgart, pour un débat que j’ai trouvé surréaliste, sur le football et la littérature…Alors, est-on réellement prêts à accepter la diversité des bruits, au moment où chacun s’enferme dans son assourdissement local?

Tanella Boni

Leave a Reply