Journal, 5: Match nul

June 16th, 2010 · 1:24 pm @   -  No Comments

Apparemment, il s’agit d’une coupe du monde qui, jusqu’à présent, a été moins palpitante que d’habitude. La Côte d’Ivoire et le Portugal ont fait match nul. Le Brésil, si l’on en croit les spécialistes, n’a pas été non plus transcendant face à la Corée du Nord, ce pays étrange dit-on, dont on ne connaît rien ou presque. Les supporters et les journalistes cherchaient des sensations fortes, mais l’adrénaline a eu à peine le temps de monter. La pression est retombée bien vite…Car l’étrange crée toujours la surprise voilà pourquoi  les  médias si peu intéressés par la Corée du Nord se sont laissés surprendre par ce but qui était loin d’être un don du ciel. Ce pays étrange capable de marquer  ce but remarquable contre le  Brésil, pays emblématique de ce sport que l’on appelle football, qui en sait quelque chose ? Quand on a dit « dernier bastion du communisme », c’est comme si on avait tout dit. S’intéresse-t-on à cette équipe ? Le cas de figure du match Brésil-Corée du Nord, le 15 juin,   signifie simplement que l’on peut faire des pronostics, mais les jeux- malgré tous les cadrages et recadrages, les paroles partisanes des journalistes, chacun mettant en avant les exploits de son équipe préférée au cours de chaque match- les jeux ne sont pas faits à l’avance

Personnellement, j’ai dans la tête des  images lointaines mais toujours vivantes de ce football qui est à la fois un sport, un art d’être et de vivre. Chaque fois que je vois Pelé, le roi du foot, sur une photo ou un écran de télé, je me dis que les joueurs de sa trempe devaient avoir du cœur. C’étaient aussi des hommes de tête et pas seulement de beaux corps bling-bling. Ces hommes, c’étaient des modèles pour les enfants qui, partout en Afrique, prenaient pour un ballon tout ce qui leur tombait sous la main. Et tout se passe comme si, il n’y a pas si longtemps, les héros méritaient vraiment leur place de demi-dieux dans l’imaginaire des adultes et des enfants.

Sous ma fenêtre, ce 15 juin dans l’après-midi, il y avait un spectacle haut en bruits et en couleurs. Le drapeau de la Côte d’Ivoire dans tous ses états. C’était absolument remarquable.  Il n’ y avait que des femmes chaussées, coiffées, habillées, parées, maquillées des couleurs des Eléphants. Des cantiques, des amen, des chants traditionnels chantés dans plusieurs langues du pays, des commentaires comme si elles étaient dans les tribunes ou parmi les journalistes, tout y passait. Quand les femmes s’y mettent, rien ne peut les arrêter. Combien de fois ont-elles chanté l’Abidjanaise avec le ton juste, sans omettre un seul mot ? Pendant ce temps, sur le terrain du jeu, le sport ne semblait pas vraiment être au beau fixe. Heureusement pour la Côte d’Ivoire, elle n’a pas encaissé de but. Le sport est une question de dignité, de fierté, d’estime de soi pour tout un peuple, tout un continent. Du moins le sport tel que j’ai envie de le voir…

Tanella Boni

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