Coupe du monde, 7: la débâcle n’est-elle qu’un mot?

June 18th, 2010 · 7:10 am @   -  No Comments

Je sais qu’il ne fallait pas mettre le nez dans cette Coupe. Plus les jours passent, plus je me rends compte que cette Coupe du monde qui me semble être, du moins pour l’instant, la moins palpitante dont j’ai pu entendre parler, me prend aux tripes. Et je me dis, une occasion de plus pour qu’on prenne les Africains pour des ploucs ! Une organisation promise à un pays depuis des années, une FIFA qui a l’allure et toutes les tares d’une multinationale prédatrice, pompeuse d’énergie et de fric là où ça peut se trouver. Et puis dans le pays hôte, ces personnes déplacées, pour rendre les lieux « propres » (toujours la même histoire, mettre à l’ombre l’étrange qui pourrait faire un autre type de bruit pour gâcher la fête !) ;  construction de 9 stades, travaux titanesques en période de récession économique. Qui a payé la facture ? Qu’est-ce que cela a pu rapporter aux ouvriers ? Le bien-être matériel ? Le bonheur ? Je me demande ce que récoltera  le peuple sud-africain après ce qui était annoncé comme une grande fête pour la cohésion sociale dans un pays où la violence n’est pas un vain mot. Au moins, si les Bafana Bafana pouvaient briller sur le stade ! Pendant ce temps, les gardiens des stades se mettent en grève, ils sont remplacés par des « forces de l’ordre » ! Se pose-t-on la question de savoir pourquoi ils sont en grève en pleine Coupe du Monde ?

Ma curiosité de fouineuse, de jour comme de nuit, a conduit mes pas vers ce texte  en ligne (et quelques autres) du dossier de presse de la campagne de L’œuvre suisse d’entraide sociale (OSEO), document du 14 avril 2010 dont je cite un extrait : « L’organisation de la Coupe du monde a effectivement généré d’immenses investissements, qui plus est dans un pays en développement comme l’Afrique du Sud. Ils n’ont cependant pas profité à tout le monde. Les pouvoirs publics ont entrepris de grands efforts pour présenter le pays sous son meilleur jour : le gouvernement a investi 33 milliards de rands (environ 4, 5 milliards de francs suisses) dans des projets en lien avec la Coupe du monde. La population a placé de grands espoirs dans ces investissements massifs. Ce d’autant plus que plus de 20 millions de personnes vivent dans la pauvreté en Afrique du Sud. Ces espoirs sont restés sans suite : des quartiers pauvres ont été rasés ; les ouvriers ont construit les stades pour des salaires de misère ; des vendeurs de rue ont été chassés des rues et privés de leur source de revenue. Bref, la majorité de la population sud-africaine est restée hors-jeu. En revanche, la Coupe du monde rapportera gros à la FIFA, qui prévoit un bénéfice de deux milliards de francs. »  Quelle que soit la portée de ce document que je cite, il a au moins l’avantage d’ouvrir les yeux de tous les passionnés et non passionnés sur l’envers du décor de ce sport qui n’est pas qu’un simple jeu, mais le plus bel exemple de la financiarisation du monde  par l’exploitation des désirs. Du coup, la claire vision des enjeux passe au second plan puisqu’on n’y voit que feu et fête et bruit sur un terrain de jeu !

Pendant ce temps les verdicts tombent, aussi catastrophiques les uns que les autres. La Suisse qui bat l’Espagne (1-0), la France qui se fait battre par le Mexique (du jamais vu, semble-t-il). Le Mexique était la première équipe que la France avait battue (4-1), le 13 juillet 1930 lors de la première Coupe du monde, à Montevideo. L’Allemagne et l’Argentine tirent leur épingle du jeu en gardant un moral de vainqueurs. Le Nigéria marque un but et se fait battre par la Grèce et l’Afrique du Sud lourdement battue chez elle le 16 juin par l’Uruguay (3-0) aurait besoin d’un moral d’acier pour rebondir. Ne disons pas encore quelle débâcle !

Tanella Boni

Leave a Reply