Coupe du monde, 9, les pays ont-ils le foot qu’ils méritent?

June 28th, 2010 · 8:01 am @   -  No Comments

Il y a eu, la semaine dernière, beaucoup d’émotions. Déception pour les uns, immense joie pour les autres, ce qui est normal autour d’une Coupe du monde. J’ose à peine parler du psychodrame vécu par les Français et leur équipe, les Bleus. Quelques larmes, beaucoup de frustrations, déballage public, comme si tout le monde se promenait dans un grand marché. Les enchères montent et personne ne sait quelle version croire. Oui, autour du foot, avec l’affaire des Bleus, on voit clairement qu’il n’ y a pas que du jeu ! Ils n’ont pas vaincu sans gloire, ils n’ont pas triomphé sans péril. Les héros aux pieds d’argile fondent à l’approche de l’été comme beurre au soleil !

Un constat s’impose, très rapidement, que l’on pourra détailler plus tard, à d’autres occasions. L’état psychologique des joueurs, quels qu’ils soient, est lié à la représentation que public, supporters, journalistes, nuls en foot ont d’eux et attendent d’eux. En outre, peut-on s’autoriser à dire que les Etats ont le football qu’ils méritent ? Voire. Il y a trop d’enjeux, trop d’anguilles sous roche et, de l’extérieur, on n’y voit que du feu. Oui, la politique et le football, c’est un mariage de raison, partout dans le monde et cela ne date pas d’aujourd’hui. Enlever donc aux chefs d’Etat africains l’arme miraculeuse du football, eux qui cherchent des victoires et des occasions rêvées de faire taire toute grogne…Toute sorte de victoire est la bienvenue même la plus insignifiante aux yeux du commun des mortels.  Ils se sentent perdus, les politiques, car, s’il n’y a pas, périodiquement, de  grand-messe, les peuples ouvrent les yeux, voient clair, manifestent leur mécontentement, prennent conscience des situations concrètes dans lesquelles ils vivent. Et le foot est une occasion en or et la coupe du Monde en Afrique du Sud était une chance pour six pays africains d’être heureux. Ils comptaient tous sur une victoire pour leur équipe et la fête pour tous. C’est raté !

La Côte d’Ivoire a battu la Corée du Nord sans gloire après avoir affronté le Brésil. Les Eléphants  n’ont pas démérité, mais ils peuvent  mieux faire, c’est le moins qu’on puisse dire. Fennecs, Lions, Eléphants, Supers Eagles, Bafana Bafana. Des appellations qui font rêver et riment avec courage et noblesse. Finalement, les équipes africaines attendront encore longtemps, le temps de faire le ménage chez elles, le temps de former réellement équipe, de mieux se connaître sur un même terrain de jeu, au lieu d’être une collection de personnes, parmi lesquelles déambulent quelques héros, des stars qui se font un nom dans une équipe européenne. Et puis ces coaches qui tombent toujours du ciel, payés à prix d’or, qui connaissent si peu les cultures africaines, les habitudes des joueurs comme si, dans chaque pays, il était impossible de trouver un entraineur de talent. J’avoue que c’est l’un des paradoxes du foot, dans la plupart des pays africains, qui me fait le plus réfléchir au moment où, en politique, tout le monde parle de « souveraineté ». Et si la souveraineté commençait d’abord dans le sport, du côté du foot ? Y a-t-il quelqu’un pour entendre cette vérité si simple ?

En cette année du cinquantenaire des indépendances et si on décolonisait les esprits de ce côté-là ? On en serait tous heureux, non ? Et tous les yeux restent braqués sur le Ghana. Porteur de tous les espoirs ? Les pronostics vont bon train. Finalement, que représente le Ghana ? D’abord son propre pays qui, depuis quelques années,  semble tenir le coup en période de crise, comme pour donner raison à ceux qui pensent que, le hasard mis hors de cause,  les pays ont le football qu’ils méritent…

Tanella Boni

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