D’autres frontières à traverser

January 27th, 2012 · 4:11 pm @   -  No Comments

Sur ce vol vers  Z, ce dimanche de septembre, une question me taraude l’esprit : comment rattraper un bus qui passe à 13h15 par la Grande Gare, dans une ville que je ne connais pas, une ville dont j’ignore les traditions ? Il faut d’abord faire connaissance avec les noms, ces noms auxquels je ne suis pas habituée. Je constate que j’ai imprimé la carte du tram que quelqu’un m’a envoyée ; j’ai retenu les noms des lieux les plus importants dans cette langue qui m’est absolument étrangère, j’ai oublié d’imprimer la page d’explications  qui accompagne le plan, ça ne fait rien, je fais confiance à ma mémoire et à mon sens de l’orientation. Et puis, dans l’avion, je parle avec mon voisin, dans la « langue internationale ». L’homme me suggère de prendre un taxi dès mon arrivée (solution logique n’est-ce pas ?)Il s’étend longuement sur les deux « systèmes » de taxis qui existent dans cette ville. Ceux qui, très chers, vont à l’assaut des touristes, ils pullulent à l’arrivée. Puis taxis à des  prix abordables, qu’il faut appeler, puis attendre qu’ils arrivent, et cela peut prendre du temps. Or, je n’ai pas ce temps de l’attente, j’ai un impératif, je dois aller plus loin, par bus, avec d’autres collègues, sur une île où le travail nous appelle. Cet avion atterrira-t-il avant midi ? Je garde cet espoir, même si, par expérience, j’ai appris à douter  des horaires des départs et des arrivées  dans un aéroport. Beau temps ! Nous atterrissons à 11h40, avant l’heure prévue, quelle chance ! Pour une fois, je n’ai  pas l’impression, très pénible, de traverser une frontière, pourtant, j’ai dû prendre un visa. Le contrôle me parut être une simple formalité. Et, j’ai eu la bonne idée de n’avoir qu’un bagage en cabine, pas de valise en soute. J’apprends à voyager légère, il le faut. J’ai le temps de jeter un œil dehors : un bus spécial aéroport-ville  va vers la ville, je vais le prendre. Le billet ne me coûte pas grand-chose et ce bus est très confortable. C’est dimanche, il y a peu de circulation, il faut beau. Il y a encore un reste d’été. A cinq minutes près j’aurais raté ce bus, cela m’aurait compliqué la vie. Je reconnais sur le plan le nom de la gare aux autobus. Le chauffeur m’indique où prendre le tram. Ne pas se compliquer la vie. Faire comme les gens du coin, c’est la meilleure manière d’apprendre quelque chose en pays étranger.  A l’arrivée en ville, je peux parler avec des gens ; quelqu’un m’indique où acheter un ticket et la direction à prendre. J’arrive à la gare quarante minutes avant 13H15, c’est un exploit ! Aucune trace d’aucun collègue, pourtant ils devaient être là. J’ai le temps de me promener un peu avant que le grand bus pour le voyage vers l’île rêvée arrive…Un bus plein de philosophes, il faut l’imaginer. Il faut aussi imaginer la conversation pendant 4het demi. Il n’y a pas eu de dégâts majeurs. Tout va bien, l’humanité se recrée en couleurs et en conversation. Nous sommes prêts à affronter les frontières terrestres et maritimes et cela nous réjouit… Après la philo, je vais revenir seule, par des chemins mouvementés, toujours entre montagnes et mers.  D’autres frontières que j’ai été heureuse de traverser. Puis j’avais un vol à 6h45 le lendemain matin pour Paris, puis un train le même jour vers l’Allemagne, passant par la Belgique. D’autres débats avaient déjà commencé en littérature cette fois, je devais intervenir le même jour en soirée, puis le lendemain. Je ne sais comment mon corps a supporté toutes ces traversées. Mais, je dois aussi l’écrire, j’aurais pu me passer du deuxième voyage non pas tant à cause du contenu des débats et de la présence toujours enrichissante d’autres collègues mais bien parce que l’accueil m’a paru approximatif…
Tanella Boni

Septembre 2011

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