Tous les aéroports ne se ressemblent pas, et pourtant…

January 27th, 2012 · 4:14 pm @   -  No Comments

Tous les aéroports ne se ressemblent pas, même si l’usage du « petit train », taille standard ou presque, d’un pays à  l’autre ou d’un continent à l’autre ne fait plus aucun doute. Le 21ème siècle se construit inexorablement  par l’adoption de tics, de moyens de communications et de frontières qui ne trompent personne, il suffit d’être attentif à ce qui est tellement banal qu’il ne se voit plus.  J’avais fait la queue pendant plus d’une heure, après avoir pris « un petit train »-qui ressemble tellement à celui de la vie quotidienne- puis, à l’entrée de cette frontière, après avoir attendu comme des moutons en transhumance, nous avons traversé la frontière pendant une douzaine d’heures.  A l’arrivée sur l’autre continent, un autre « petit train » nous attendait. Je reconnais des personnes de mon pays venues sur un autre vol. On se voit de loin, on ne se parle pas. C’est la rançon des oiseaux migrateurs. Chacun se demande : qui fera le premier pas ? Dans cet aéroport, dans ce pays d’Asie que l’on cite à tout bout de champ pour montrer combien l’Afrique subsaharienne est en retard, vivre la frontière en sa chair est une épreuve terrible. Il y a trois ans, je m’en souviens ! Ici, entre Jaunes et Noirs, la confiance ne règne pas, c’est le moins que je puisse dire- je suis au regret de le dire car ce sont des choses inimaginables quand on raisonne mais qui peut savoir ce que cachent nos imaginaires ? Toute la question est là. Le passage à la frontière a toujours été pour moi un laboratoire d’expérimentation des idées les plus généreuses : de l’égalité des genres à celle des droits humains, de l’humanité une à la diversité « culturelle »… Cette fois-ci, ce que j’observe est probant. Ici, dans ce pays d’Asie loué pour sa technologie et son développement fulgurant, on nous regarde sous toutes les coutures. Les bagages sont fouillés et triturés pendant des minutes interminables pendant que nous avons un vol en correspondance à prendre dans un autre aéroport. Un collègue africain  possédant un  passeport diplomatique est traité comme un moins que rien ! Il reste sans voix ! Il ne dit rien, surtout,  il n’a pas envie de parler de ces choses-là. Voilà, au moins, pour une fois, je l’ai écrit en clair, sans passer par quatre chemins…On fouille et on fouille encore nos bagages. Où êtes-vous, vous qui organisez et invitez « experts » et  universitaires  et toutes sortes de sommités à vos débats ? Je parie que vous n’avez aucune idée de ce qui se trame à l’ombre de vos aéroports ! La frontière se dresse ici, parmi les humains. Vous qui parlez d’humanités dans toutes les langues, l’accueil dans un aéroport en dit long sur l’esprit d’un peuple à l’égard de l’autre de passage, juste de passage. Est-ce seulement  une question de règlementation ? Parfois, je me permets d’en douter puisqu’il arrive que les règles  soient appliquées  à « la tête du client »…Résultat, nous ratons notre vol en correspondance. Les  organisateurs du colloque n’en savent rien. Ils ne savent rien, surtout, de la tonne de stress accumulé, de la fatigue du corps et de l’esprit après avoir vécu l’expérience, encore une fois, de la « suspicion »- je ne trouve pas d’autre mot- à la frontière.
Tanella Boni

novembre 2011

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