Ici, le temps ne compte pas

January 28th, 2012 · 3:58 pm @   -  No Comments

Tout semble illogique dans cet aéroport- l’un des plus importants de ce pays- je l’avais déjà remarqué, il y a longtemps. Ceux qui arrivent à domicile ou viennent visiter la ville passent sans encombres au contrôle de sécurité. C’est un carrefour qui accueille un nombre impressionnant de passagers en transit, je n’ose pas imaginer le chiffre. Ils peuvent passer des heures dans une file d’attente et rater leur correspondance. La compagnie aérienne s’occupera de leur trouver un autre vol qui partira à une heure indue, peu importe. C’est de l’ordre de la banalité. A cette frontière, le temps ne compte pas. Il n’appartient pas aux voyageurs auxquels le voyage n’appartient pas non plus. Parfois, il manque un peu de cœur à celles et ceux qui travaillent là, à longueur de journée et d’année. « On pourrait être plus nombreux, souffle quelqu’un, cela ne dépend pas de nous ». Il y a quelques nouveaux stoïciens qui travaillent dans les plus grands aéroports du monde. J’aimerais bien leur demander ce qu’ils pensent de la frontière. Un agent sourit en regardant mon passeport. Il a conscience, je le sais, de ce qu’est une traversée des frontières. Les questions qu’il  me pose ont l’air de relever d’une conversation entre humains dans ce lieu où l’on ne parle que la langue de la loi. J’entends cette langue partout autour de moi. Elle caractérise le passage à cette frontière qui est à proprement parler la porte d’entrée sur un territoire étatique. Qui dit Etat, dit sécurité, surveillance, contrôle, et la liste des mots s’allonge qui expriment l’idée de la différence entre ici et là-bas, ici et ailleurs. Est hétérogène le sol où l’on met les pieds. Dire que la Terre est sans frontières relève du rêve et de l’utopie. Est territoire ce sol balisé par la loi dès la porte d’entrée, dès l’aéroport, cette terre entourée de frontières invisibles qui, d’une manière ou d’une autre, se  rappellent à nous parfois violemment…
Tanella Boni

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